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De par le monde, combien de ville peuvent fêter leur 2600e anniversaire en produisant, pour justifier cette célébration, des textes antiques et les résultat de la recherche archéologique ?
Combien peuvent parer leur fondation d'un récit circonstancié, même embelli de traits légendaires ? En Europe occidentale, il n'est que Rome (un peu plus ancienne) et... Marseille
. Rome créée par les descendants d'Enée le Troyen, Marseille par les hardis navigateurs partis de Phocée, une voisine de Troie.
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Rome et Marseille
qui furent alliées dès l'origine. Rome la Troyenne, Marseille la Phocéenne. Depuis toujours, le destin de Marseille
a fasciné les érudits. Les textes la concernant ont suscité des envols d'imagination dès le XVIe siècle, lorsqu'il s'agissait d'ancrer dans le passé le plus reculé possible les origines de la France pour démontrer qu'elle n'avait rien à envier à la Grèce, à l'Italie ou à l'Allemagne. Nul ne doutait, à l'époque, que les décendants de Noé n'eussent dominé le monde ni que l'Europe occidentale n'eût été remise aux ancêtres des rois de France. L'arrivée des Phocéens démontrait l'heureuse fusion entre les Gaulois et les Grecs : ensemble, ils avaient constitué la plus belle civilisation, bien supérieure aux autres, notamment à celle de Rome. Charles VIII et François 1er avaient pour vocation de restaurer cette belle réussite.
Des lectures plus exactes des textes anciens conduirent les historiens "modernes" à nuancer de tels propos. L'aspect politique s'effaça. Mais lorsque, à partir de 1825-2830, naquit une histoire plongeant ses racines dans l'Antiquité, lorsque surgirent ces Gaulois bizarroïdes, courageux mais barbares, brilla au firmament une étoile : Massalia, dont on savait qu'elle était parue en 600 avant J.C. (ou à peu près). Une société à la fois cultivée et bourgeoise, qui connaissait l'art grec, qui faisait le voyage à Athènes, qui souhaitait également - avec Michelet - se débarrasser de l'histoire dynastique commençant avec Pharamond ou avec Clovis, cette société-là conçut une incroyable tendresse pour la "cité phocéenne". L'arrivée de colons grecs sur des rivages gaulois n'était evidemment pas due au hasard. La Grèce rencontrait la Gaule - ou plutôt se rencontrait deux destins.
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