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L'histoire de la Pointe au Sel
s'inscrit dans celle de Saint-Leu, mais de manière un peu périphérique, exotique : la Pointe est vraiment un monde à part... Les premiers colons sont arrivés dans la région dès les premières années d'occupation de l'île, vers 1665. N'oublions pas que la Réunion
était déserte, avant. A la Pointe au Sel, justement, on peut imaginer l'approche de ces premiers aventuriers : la savane n'est pas très différente de celle qu'elle devait être il y a trois siècles et demi, à part quelques espèces végétales disparues, ou remplacées par d'autres.
Les pentes, en revanches, étaient couvertes d'une forêt épaisse, qui s'éclaircissait en arrivant aux terres arides des bas. S'installèrent là quelques solitaires, près des sources et des ravines les plus vertes.
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Et Saint-Leu
grandit doucement pendant un demi-siècle, sans histoire, sans fracas. Puis arriva le café, vers 1720. Une belle idée le café : il s'agissait de produire sur une terre française cette denrée si coûteuse, qu'il fallait jadis acheter au prix fort, en Arabie ou ailleurs. Un raisonnement économique qui n'est pas sans rappeler les modernes "délocalisations". On sait hélas ce que peuvent entraîner les raisonnements économiques. Celui qui inaugura le "siècle du café" - produire vite et en abondance une marchandise presque exclusivement destinée à l'exportation - allait entraîner la Réunion
dans une spirale infernale. Pour avoir du café vite, en effet, il fallait augmenter la force de travail. Et plutôt qu'aller la chercher en Europe, sous la forme d'ouvriers agricoles, ou de bétail, les "décideurs" de l'époque, suivant en cela une coutume inaugurée aux Amériques, foncèrent sur Madagascar, l'Afrique de l'Est, l'Inde, pour y puiser, par milliers, ces bras dont ils avaient besoin : l'esclavage devenait en quelques années une institution, dont la colonie ne se dépêtra, mal, qu'en 1848.
Saint-Leu, au climat sec, aux belles terres fertiles devint pour un moment capitale mondiale du café. S'y construirent, en pierre de taille, des hangars et des magasins, qui existe encore. Sur les propriétés brutalement enrichies, il y avait dix esclaves (mâles en grande majorité...) pour un homme libre. Mais la concurrence menaçait, et les maladies, les mauvaises méthodes culturales : un mauvais jour de 1805, un cyclone balaya le café. Saint-Leu était ruinée, les belles demeures se vidèrent, la côte retourna au désert pour un siècle et demi, tandis que les hautes pentes, plus vertes, mieux arrosées, accueillaient la nouvelle culture à la mode, la canne à sucre.
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