 |
La Pointe au Sel est un vaste glacis, né d'un cratère bas, égueulé, ouvert en vallée : le piton des Roches tendres. Bien nommé, le piton, et bien utilisé : son basalte débité en bloc servi à construire les salins, et pas mal de maisons des environs. La pente descend doucement, sans creux ni ravine, jusqu'à la mer.
Au nord, elle y glisse avec souplesse et arrondis : une hanche de savane bordée de maisons, une plage de sable noir abritée derrière le cordon corralien. Le sable est du basalte lentement concassé par la mer, où étincelle des cristaux d'olivine, comme de microscopiques pierres précieuses. S'y mêle des éclats de corail blanc : à La Réunion
, même les plages sont métisses...
|
Au creux de cette plage, près des maisons, une rampe en ciment sert à remonter les barques. On se demande, à voir le fond hérissé de la petite baie, comment elles arrivent là !
Très vite, à quelques pas vers le sud, on se heurte à des rochers de plus en plus massifs, élevés, déchirés. Certains lancent vers le large des tentacules, ou plutôt des chaussées de géants battues par les vagues. Juste au bout de la Pointe, une coulée plus résistante que les autres a ménagé un bassin minuscule, une grande flaque émeraude, abritée des fureurs du large, vers laquelle les rares connais- seurs de l'endroit, amateurs de bain tiède et familial, descendent par une échelle de fer rouillée. Plus loin, la falaise se fait de plus en plus sauvage, nerveuse, battue. Elle court ainsi, de massifs en écueils, jusqu'à Etang-Salé
, à dix kiomètres au sud, où renait la plage.
Les fantaisies du volcan, qui a bâti toute l'île, ont ménagé dans les murailles basaltiques des tunnels, qui émergent parfois au ras de l'eau. La mer y joue, et crée, soufflant dans la montagne comme dans une flûte, des grondements et des jets d'eau féeriques : la douche venue d'en bas, à deux pas de la savane écrasée par le soleil...
Voici donc le décor tracé : derrière, les planèzes qui se nimbent de nuages, devant, la mer infinie, et sous les pieds l'herbe rousse, où pointent ici et là un arbuste torturé, les lances d'un agave, une fleur discrète. Il faudrait, pour être complet, parler de ce qu'il y sous le miroir de la mer, car cela aussi vaut le détour. Promis, nous irons...
|